Générateur DUERP

OiRA, l'outil DUERP gratuit de l'INRS : couverture, limites et alternatives

Vérifié le 7 juillet 2026 — sources : Légifrance, INRS. Méthodologie

Si vous cherchez à faire votre document unique sans dépenser un centime, vous êtes probablement déjà tombé sur OiRA. C'est l'outil que l'INRS recommande en premier, et il a une vraie légitimité : institutionnel, gratuit, développé avec les partenaires sociaux. La question n'est pas "OiRA est-il sérieux ?", il l'est. La vraie question est : couvre-t-il votre métier, et jusqu'où va-t-il ? Ce guide répond aux deux avec les sources officielles, sans dénigrer un outil public qui rend service à des centaines de milliers d'entreprises en Europe.


OiRA est-il vraiment gratuit ?

Oui, et c'est un vrai outil institutionnel, pas un produit d'appel commercial. OiRA signifie "Online interactive Risk Assessment" : un projet déployé par l'EU-OSHA (l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail) "en réponse aux difficultés rencontrées pour faire appliquer l'obligation d'évaluation des risques dans les petites entreprises". En France, l'INRS en est le partenaire officiel, et les outils sectoriels sont élaborés par l'Assurance maladie – Risques professionnels (INRS, Carsat, Cramif, CGSS) avec les organisations professionnelles des métiers concernés.

Concrètement : accès en ligne via navigateur, aucune installation, aucun paiement à aucune étape. La connexion se fait avec un email (qui peut être anonyme) et un mot de passe. Il n'y a pas de version "premium" ou de fonctionnalité payante cachée derrière la gratuité affichée, c'est un outil public au sens plein du terme.

Ce sérieux institutionnel se voit aussi à l'échelle : selon un communiqué EU-OSHA daté de 2026, 376 outils OiRA sont aujourd'hui disponibles à travers l'Europe (12 nouveaux publiés en 2025, 32 mis à jour), et plus de 597 000 évaluations de risques avaient été réalisées via OiRA à fin décembre 2025, toutes langues confondues. Ce ne sont pas des chiffres franco-français : ils donnent la mesure du projet européen dans lequel s'inscrit l'outil que vous allez utiliser.


Quels métiers sont couverts par OiRA ?

C'est ici que la réponse honnête compte le plus, parce que l'idée reçue ("OiRA ne couvre que quelques gros secteurs") est fausse, et l'idée inverse ("OiRA couvre tout") l'est aussi.

Sur la page officielle INRS listant les outils sectoriels, un comptage manuel de la liste donne 46 outils sectoriels + 1 outil générique, soit 47 outils au total. La page précise elle-même : "la liste des outils sectoriels est régulièrement mise à jour. Si votre secteur d'activité n'est pas couvert, vous pouvez utiliser l'outil générique."

Deux métiers artisanaux qu'on pourrait croire absents sont en réalité bien couverts : la boulangerie-pâtisserie-chocolaterie-glacerie et la coiffure figurent toutes les deux dans la liste, avec un outil sectoriel dédié.

En revanche, plusieurs métiers du bâtiment et de l'artisanat courants n'ont pas de fiche sectorielle et doivent passer par l'outil générique, plus vague par construction :

MétierCouvert par un outil OiRA sectoriel ?
Boulangerie-PâtisserieOui
CoiffureOui
Boucherie-CharcuterieOui
Pharmacie d'officineOui
Hôtels-Cafés-Restaurants (HCR)Oui
Commerce alimentaire de proximitéOui
Commerce et réparation automobilesOui
Restaurant traditionnel autonomeNon, pas de fiche dédiée, seuls HCR, restauration collective et restauration rapide existent
Plombier / plomberieNon, outil générique uniquement
ÉlectricienNon, outil générique uniquement
Maçon / BTP généralNon, outil générique uniquement
Peintre en bâtimentNon, outil générique uniquement
Menuisier (pose, artisanat)Non, "métiers du bois" ne couvre que l'ameublement, l'emballage et la scierie
Agriculture / élevage (hors DOM)Non, seules la culture de la banane et de la canne à sucre sont couvertes

Le constat net : si vous êtes boulanger, coiffeur, boucher, pharmacien ou restaurateur HCR, OiRA a un outil pensé pour votre activité. Si vous êtes plombier, électricien, maçon ou tenez un restaurant traditionnel indépendant, vous n'aurez que l'outil générique, utilisable, mais nécessairement moins précis qu'un questionnaire construit pour votre métier.


Que produit concrètement l'outil OiRA ?

La logique d'OiRA suit 4 étapes : Préparation → Identification et estimation des risques → Plan d'action → Rapport. La navigation se fait par activités du secteur choisi, avec des questions fermées (oui/non) pour identifier les situations de risque, puis une estimation qui consiste à "affecter un niveau de priorité à chaque situation de risque identifiée". Des solutions de prévention sont proposées à chaque étape, que l'utilisateur reste "libre de les retenir ou non", il peut aussi définir ses propres mesures.

À l'issue du parcours, l'outil génère 4 documents téléchargeables et imprimables :

  1. Un rapport texte (.rtf) qui récapitule les situations de risque et les mesures de prévention associées.
  2. Un plan d'action (fichier Excel) qui reclasse par ordre de priorité toutes les mesures programmées.
  3. Une vue d'ensemble des risques (.pdf) qui liste tous les risques identifiés, pour contrôler que chacun est bien géré.
  4. Une vue d'ensemble des mesures (.pdf) qui liste les mesures à mettre en œuvre, pour suivre le plan d'action dans les trois prochains mois.

L'ensemble (rapport + plan d'action) constitue de fait le socle de votre document unique. C'est un vrai livrable exploitable, pas une simple attestation de passage.


Quelles sont les limites d'OiRA ?

C'est le point sur lequel la documentation institutionnelle française reste discrète, mais l'EU-OSHA, elle, a publié une étude de cas transparente sur les outils français ("Facteurs de succès : développement et promotion des outils français OiRA"), qui documente plusieurs limites structurelles avec précision. Une source en or, puisqu'elle vient de l'organisme qui a lui-même conçu le dispositif.

Un questionnaire volontairement plafonné à 30 questions. Chaque outil OiRA français "ne dépasse pas 30 questions", un choix délibéré fait suite au retour des partenaires sociaux, pour garder un outil accessible sans expertise préalable. La contrepartie : c'est un questionnaire court et généraliste, pas une analyse exhaustive poste par poste ou situation par situation.

Des taux de complétion partiels, documentés chiffres en main. L'étude de cas EU-OSHA donne l'exemple de l'outil "impression" (paru en février 2021) : 201 évaluations réalisées en 7 mois, soit environ 7 % des entreprises du secteur, mais seules 47 d'entre elles (1,6 % de l'ensemble des entreprises du secteur) ont atteint une "analyse supérieure", c'est-à-dire plus de 70 % du questionnaire complété. Autrement dit, beaucoup d'utilisateurs démarrent l'outil sans aller jusqu'au bout d'une évaluation approfondie, un vrai signal d'usage, documenté par l'EU-OSHA elle-même, pas une critique externe.

L'anonymat, qui a un revers. L'anonymat de l'outil garantit la confidentialité des réponses, mais il a pour conséquence documentée qu'aucune analyse fine ni aucun contrôle qualité du DUERP produit n'est possible côté INRS ou sécurité sociale. Personne ne relit votre document derrière vous.

Pas d'outil RPS dédié dans la liste française. Les 47 outils sectoriels et génériques ne comportent aucune fiche "risques psychosociaux". L'INRS propose un outil séparé pour cela, RPS-DU (brochure ED 6403), mais il n'appartient pas au parcours OiRA et n'apparaît pas dans la liste des 47 outils.

Pénibilité et C2P : aucune mention documentée. Aucune des pages officielles INRS consacrées à OiRA ne mentionne les facteurs de pénibilité ou le Compte professionnel de prévention (C2P). Cela ne permet pas d'affirmer qu'OiRA exclut la pénibilité, le contenu détaillé de chaque questionnaire sectoriel n'a pas été vérifié en profondeur, mais aucune garantie documentée n'existe sur ce point, alors que l'annexe pénibilité reste une obligation légale à part (art. L4161-1 et suivants), indépendante de l'outil choisi.

Pas d'accompagnement dans le temps. OiRA produit un instantané à un moment donné. Rien dans l'outil ne vous relance quand la réglementation évolue (nouveaux seuils, nouvelles obligations) ou quand votre activité change, la mise à jour reste entièrement à votre initiative, sans suivi automatisé.

Signe intéressant du contraste entre sources : un article institutionnel INRS de 2023 sur le retour d'expérience OiRA ne relève que des "problèmes techniques mineurs", sans évoquer ces limites structurelles, c'est l'étude de cas EU-OSHA, plus rigoureuse sur les données d'usage, qui documente ces éléments.

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Un DUERP fait avec OiRA est-il conforme ?

La réponse la plus honnête est un principe général, valable pour n'importe quel outil, pas une critique spécifique d'OiRA.

Le portail officiel entreprendre.service-public.gouv.fr est clair : "il n'existe pas de modèle imposé par le code du travail", et "l'évaluation des risques professionnels est de la responsabilité de l'employeur", dans le cadre de son obligation générale d'assurer la sécurité et de protéger la santé des salariés. OiRA y est cité comme une ressource possible parmi d'autres, au même titre qu'Ameli.fr ou l'ANACT, pas comme "la" solution officiellement suffisante.

Autrement dit : aucune page officielle consultée (INRS, Ameli, service-public) n'affirme explicitement qu'un DUERP produit via OiRA garantit à lui seul la conformité légale. Ce n'est pas une faille propre à OiRA : c'est la logique même de l'article R4121-1 du code du travail, qui impose à l'employeur de "transcrire et mettre à jour dans un document unique les résultats de l'évaluation des risques", la loi impose un résultat, pas un outil ni un format. La responsabilité du fond (exhaustivité, pertinence pour votre activité réelle) reste celle de l'employeur, quel que soit l'outil utilisé, OiRA compris.

Ce que ça veut dire en pratique : si OiRA couvre bien votre métier et que vos risques sont relativement simples, le document produit peut constituer une base sérieuse de votre DUERP. Mais le fait d'avoir "fait OiRA" ne vous dispense pas de vérifier que le résultat correspond réellement à votre activité, la responsabilité ne se délègue pas à l'outil.


Quelles alternatives si votre métier n'est pas couvert (ou si vous voulez aller plus loin) ?

La bonne alternative dépend de votre situation, pas d'un jugement de valeur sur OiRA.

Vous êtes dans le BTP (plombier, électricien, maçon, peintre...) : l'OPPBTP (l'organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics) propose MonDocUnique, un outil en ligne explicitement gratuit qui comble directement le vide laissé par OiRA sur ces métiers. Il couvre une trentaine de métiers du BTP, et revendique plus de 142 000 documents uniques créés par près de 95 000 entreprises utilisatrices. C'est l'alternative gratuite la plus pertinente pour ce secteur, à recommander sans réserve.

Votre métier est couvert par OiRA et vos risques sont simples : dans ce cas, OiRA peut tout à fait suffire comme point de départ, voire comme document complet si votre activité est peu complexe. Ce n'est pas un aveu à minimiser : pour une petite structure avec des risques standards de son secteur, un outil gratuit et sérieux comme OiRA a toute sa place. Il vaut mieux un DUERP fait avec OiRA qu'aucun DUERP.

Vous voulez creuser la pénibilité, les RPS, ou suivre vos mises à jour dans le temps : c'est là qu'un générateur spécialisé par métier prend le relais là où OiRA reste général, questionnaire de 30 questions maximum, pas d'outil RPS intégré, aucune mention documentée de la pénibilité. Les solutions payantes sur le marché vont, selon les sources commerciales consultées en juillet 2026, d'une quarantaine à environ 200 € par an pour un abonnement en ligne, jusqu'à plusieurs centaines d'euros pour l'intervention d'un cabinet spécialisé ou d'un consultant indépendant, des fourchettes indicatives, non auditées, à recouper avant tout engagement.

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Notre générateur part du même principe qu'OiRA, un questionnaire guidé, pas un modèle Word vierge, mais pousse plus loin sur trois points précis : une profondeur par métier (30 à 40 secteurs artisanaux couverts, au-delà des grands secteurs OiRA), l'intégration native de la pénibilité et des risques psychosociaux dans le même document, et une mise à jour annuelle suivie plutôt qu'un instantané figé. Pour en savoir plus sur les fondamentaux du DUERP, voir notre guide définition et obligations 2026, notre guide pénibilité et seuils C2P et notre guide RPS. Vous pouvez aussi partir d'un modèle DUERP gratuit si vous préférez rester en autonomie complète.


FAQ, OiRA et DUERP

OiRA est-il vraiment gratuit ?

Oui, sans nuance. C'est un outil gratuit, en ligne, sans installation, développé par l'EU-OSHA et déployé en France par l'INRS avec les Carsat/Cramif/CGSS et les organisations professionnelles. L'accès se fait par simple création de compte, possible de façon anonyme.

Tous les métiers sont-ils couverts par OiRA ?

Non. La France compte 46 outils sectoriels plus 1 outil générique, soit 47 outils au total. Boulangerie-pâtisserie et coiffure sont couvertes. Plombier, électricien, maçon et restaurant traditionnel autonome n'ont pas de fiche dédiée et doivent utiliser l'outil générique.

Un DUERP fait avec OiRA suffit-il à être en conformité ?

Aucune source officielle consultée n'affirme qu'un DUERP produit via OiRA garantit à lui seul la conformité légale. Le code du travail impose un résultat (l'évaluation des risques, art. R4121-1), pas un outil ni un format : la responsabilité reste celle de l'employeur, quel que soit l'outil utilisé.

Quelle est la principale limite du questionnaire OiRA ?

Chaque outil OiRA français est volontairement limité à 30 questions maximum, un choix de conception documenté par l'EU-OSHA elle-même. C'est un questionnaire court et généraliste, pas une analyse exhaustive poste par poste.

OiRA couvre-t-il la pénibilité et le C2P ?

Aucune mention de la pénibilité ou du C2P n'a été trouvée dans la documentation publique d'OiRA. Cela ne signifie pas que l'outil l'exclut formellement, mais qu'aucune garantie documentée n'existe sur ce point, alors que l'annexe pénibilité reste une obligation légale indépendante de l'outil choisi.

Que faire si mon métier n'est pas dans la liste OiRA ?

Pour le BTP, l'OPPBTP propose MonDocUnique, gratuit, couvrant une trentaine de métiers du bâtiment. Pour les autres secteurs, l'outil générique OiRA reste utilisable, ou un générateur spécialisé par métier permet d'aller plus loin sur les risques spécifiques et le suivi dans le temps.


Sources

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